L'Australie sur les cartes dieppoises : une approche française

Selon l’histoire officielle des découvertes, la première approche de l’Australie par des navigateurs européens s’est produite en 1606, lorsque le néerlandais Willem Jansz aborda le cap York, à l’extrémité nord du Queensland. Le vaste territoire, progressivement reconnu, fut bientôt désigné Nouvelle-Hollande par les cartographes. En 1770, James Cook prenait possession des deux tiers de la grande île pour le royaume de Grande-Bretagne, qui devait en entreprendre la colonisation, en y établissant d’abord un camp pénitentiaire.

L’examen de cartes marines établies au XVI° siècle par des cartographes de Dieppe a conduit à remettre en question cette version de la « découverte » de l’Australie.

Ces cartes manuscrites, visibles en original pour les unes, sous forme de copies pour les autres, ont en commun de montrer, au sud de Java, une vaste étendue terrestre, parfois appelée la « Grande Jave ». Cette terre a l’apparence d’un prolongement de l’île de Java, au-delà d’une ligne fluviale ou maritime peu marquée, désignée « r.(rivière)Grande ». Le dessin commun aux cartes dieppoises montre des côtes qui se développent amplement à l’est comme à l’ouest, avant de s’infléchir vers le sud jusqu’à ce que la représentation s’interrompe pour laisser place à un espace vide, ou au contraire se déploie au-delà du cercle antarctique, la Grande Jave étant alors rattachée à un continent, désigné « Terres australes », entourant le pôle sud.

Les principales cartes dites de l’École de Dieppe où se voit une telle étendue terrestre déployée au-delà de Java[1], sont :

- Une carte du monde en deux hémisphères et une carte particulière des Indes orientales figurant dans l’atlas de Jean Rotz intitulé The Boke of Idrography, adressé à Henri VIII d’Angleterre en 1542[2],

- La mappemonde de Nicolas Desliens de 1541[3] et celle, plus sommaire, de 1566[4],

- Les mappemondes de 1546[5], 1550[6] et 1553[7] de Pierre Desceliers,

- La carte anonyme dite « Harleian map »[8]ou encore « Dauphin map »[9], dont on admet aujourd’hui qu’elle a été réalisée vers 1546[10],

- L’une des douze cartes d’un atlas portulan anonyme détenu par la Morgan Library & Museum (MS M.506), montrant un dessin de la masse continentale au sud de Java proche de ceux présentés par Rotz (mappemonde du Boke of Idrography de 1542) et Desceliers (carte du monde de 1546),

- Trois des quinze cartes de l’Atlas Vallard[11], réalisé en 1547, et attribué au Dieppois Nicolas Vallard, qui n’en serait peut-être que le commanditaire,

- Plusieurs planches de la Cosmographie universelle de Guillaume Le Testu[12], éditée en 1555.

Le dessin d’une masse continentale, prolongeant « La Jave Grande » en direction de l’antarctique, se voit aussi sur une carte du monde manuscrite de 1543, faite par Guillaume Brouscon, auteur, notamment, d’un Traité de navigation et d’un Manuel de pilotage à l’usage des pilotes bretons. Ce prolongement continental, apparenté à celui montré par les cartes dieppoises, et rattaché à la terre australe, y reçoit le nom plus particulier de « terre de Lucar », corruption de la terre de Locach évoquée par Marco Polo dans le Devisement du monde à propos d’une province située au sud de la Chine[13]. Brouscon, cependant, n’appartient pas vraiment à l’École dieppoise. Il est un des premiers cartographes bretons du Conquet.   

Le caractère imaginaire de certains lieux, tels que les Terres australes, parfois représentés par les cartographes dieppois, est clairement assumé. Desliens désigne ainsi, au pied de sa carte du monde de 1541 la « Terre Australle Inconnue », tout comme il évoque, à l’opposé de ce dessin, la « mer septentrionale inconnue ».

Le planisphère de 1546 de Pierre Desceliers porte dans sa partie inférieure, sur le dessin représentant à l’emplacement des espaces polaires antarctiques une masse terrestre continue au sud de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie, la mention « Terre australe non du tout descouverte ».

Dans son Atlas édité en 1555, intitulé Cosmographie universelle, selon les navigateurs tant anciens que modernes, Guillaume Le Testu, pilote natif du Havre de Grâce, consacre une série de planches à la représentation de la Terre australe, qu’il déclare « à nous inconnue »[14], ajoutant que ce qu’il en a « marqué et dépeint n’est que pure imagination »[15]. Commentant le dessin de la partie occidentale de la Grande Jave, il écrit que cette Terre est partie de la « Terre Australe à nous inconnue », « pour ce que, explique-t-il, plusieurs disent que la grand Jave qui est du côté d’orient est la même terre qui fait le détroit de Magellan, du côté d’occident et que cette terre est tenant ensemble[16] ».

Pour autant, les précautions de Le Testu ne s’appliquent pas aux descriptions qu’il fournit des parties orientale[17] et occidentale[18] de la Grande Jave attenantes à la Petite Jave, proches des représentations que montrent de ces régions les cartes antérieures de l’École dieppoise.

Sur la carte du monde de Desliens de 1541 et les mappemondes de Desceliers de 1546 et 1550, le passage de la représentation de bordures maritimes connues à celles de terres non découvertes se remarque avec le changement du dessin qui, pour ces dernières, se résume à une ligne de festons, où alternent avec régularité saillies et échancrures anonymes.

Jean Rotz prend soin pour sa part d’éviter toute description spéculative d’un supposé continent antarctique, et précise en préambule de The Boke of Idrography que son atlas décrit seulement ce qui est connu, et répond au souci d’être « au plus certain de ce qu’il lui a été possible de faire, tant par son expérience propre que par la certaine expérience de ses amis et compagnons de navigation ».

 

DÉCOUVERTES PORTUGAISES, CARTOGRAPHIE FRANÇAISE ?

 

Le dessin des côtes situés au sud de Java figurant sur les cartes dieppoises, longtemps perdu de vue, a attiré l’attention, dans la deuxième moitié du XVIII° siècle, de l’hydrographe écossais Alexander Dalrymple. Celui-ci relevait alors la ressemblance entre ce que montre la carte Dauphin au sud de l’archipel malais et les contours connus, notamment par les relevés du capitaine Cook, des côtes orientales de la Nouvelle Hollande, bientôt appelée Australie[19]. Observant que ce parchemin contenait bien des connaissances perdues, il ajoutait qu’y apparaissait clairement montrée, également, la terre de Kerguelen, officiellement découverte en février 1772 par le navigateur breton Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec.

La théorie d’une découverte européenne de l’Australie antérieure aux voyages de Willem Jansz puis de James Cook a trouvé de plus amples développements au XIX° siècle, principalement dans les travaux de Richard Henry Major, géographe et bibliothécaire au British Museum[20], et de l’artiste et écrivain australien, formé à Paris, George Collingridge[21].

Ces travaux ont pour trait commun de se fonder sur les données, dessins et notations, apparaissant sur les cartes dieppoises précédemment mentionnées, et d’admettre simultanément que les premières découvertes de l’Australie dont ces cartes portent témoignage ont été le fait de navigateurs portugais.

Après le voyage de Vasco de Gama en Inde en 1498 et les conquêtes d’Albuquerque, les Portugais ont de fait, en quelques décennies, étendu leur emprise commerciale sur une large partie de l’océan Indien, jusqu’aux Moluques où se trouvaient les plus précieuses des épices, clous de girofle et noix de muscade. Cependant, pour des raisons telles que le goût du secret pour les routes maritimes dont ils entendaient se réserver l’usage, ou le souci de ne pas faire état de la découverte de terres qu’aurait pu revendiquer l’Espagne, ils auraient choisi de ne pas produire de représentations des nouveaux lieux reconnus par eux. Ce soin serait revenu aux cartographes de Normandie.

 

L’opinion, toujours fondée sur les dessins des cartes dieppoises, selon laquelle l’Australie aurait été « découverte » par les Portugais dès la première moitié du XVI° siècle, a été fortement réaffirmée à l’époque contemporaine, notamment sur la base des travaux de l’avocat et historien de Melbourne Kenneth Mc Intyre[22].

Elle n’a pas été à l’abri de critiques. W.A.R. (Bill) Richardson, en particulier, appuyant principalement sur des arguments de toponymie le refus d’admettre que la terre de Java des cartes dieppoises représente l’Australie, soutient que la côte orientale de Java la Grande montrée par ces cartes reproduit en fait un dessin portugais de la côte du Vietnam[23]. Ce point de vue a été jugé par beaucoup plus aventuré que celui fondé sur les analogies remarquées entre les formes générales de l’Australie et le tracé de la Grande Jave proposé par les cartes dieppoises.

La transposition moderne de la projection cartographique utilisée par jean Rotz pour la confection de la mappemonde figurant dans le The Boke of Idrography a conduit plus récemment les professeurs d’Université australiens Brian Lees et Shawn Laffan à confirmer que le continent australien était connu en Europe dans la première partie du XVI° siècle, près de 80 ans avant l’arrivée des explorateurs hollandais[24]. Selon ces auteurs, la mappemonde de l’atlas de Jean Rotz est une bonne première approximation de ce continent. Celui-ci est situé à la juste place, la morphologie générale de la côte est, comme le développement en latitude de la côte ouest, sont corrects.  

 

Si la théorie d’une connaissance par les Européens d’une partie de l’Australie dès le XVI° siècle, que suggère une comparaison élémentaire entre le dessin réel de l’Australie et ce que montraient les cartes dieppoises de la Grande Jave, et qui, trouvant l’appui d’analyses scientifiques, paraît désormais s’imposer, il reste que la distribution des rôles, entre la découverte et sa diffusion, n’est généralement pas discutée : les Portugais auraient reconnu les lieux, les cartographes dieppois l’auraient fait savoir.

Aucune explication satisfaisante d’une telle répartition des tâches, à vrai dire, n’a été fournie. Sachant ce qu’était, dans la première moitié du XVI° siècle, la rivalité existant entre les navigateurs normands et portugais, par exemple au Brésil ou sur les côtes de Guinée, on voit mal, à vrai dire, les seconds sollicitant des premiers la fourniture à des tiers d’informations touchant à leurs découvertes, qu’ils tenaient en général à conserver secrètes.

L’attribution à des navigateurs portugais de la première découverte de l’Australie, prend volontiers appui sur l’examen de la toponymie figurant sur les cartes dieppoises. Celle-ci est regardée soit comme empruntant directement à la langue portugaise, soit comme reflétant une traduction souvent approximative d’appellations portugaises. La corruption de la toponymie d’origine révèlerait l’identité véritable des premiers inventeurs européens de l’Australie.

 

Les arguments tirés de l’examen des noms de sites figurant sur les cartes dieppoises sont parfois affaiblis, cependant, par une méconnaissance de la chronologie des cartes dieppoises.

Collingridge, ainsi, assignait une date de confection se situant entre 1530 et 1536 à la carte Dauphin, regardée de la sorte comme la première carte dieppoise représentant l’Australie sous l’appellation de « Jave la Grande ». Il discernait sur ce document, dans l’espace marin creusé à l’est de l’île de Java, une inscription qui, selon lui, devait se lire anda ne barcha, phrase signifiant qu’aucun navire ne passe par là[25]. Cette légende aurait été corrompue pour se transformer, sur les cartes dieppoises regardées comme postérieures, en la désignation de deux îles, respectivement dites Antane et Bacha. C’est l’information initiale, fournie en portugais, qui, selon cet auteur, apportait la preuve d’un établissement par les Portugais de la première cartographie des côtes occidentales de l’Australie.

Il se trouve cependant, qu’à supposer pertinente la lecture rapportée des inscriptions figurant à l’emplacement de ce qu’est aujourd’hui le golfe de Carpentarie sur la carte Dauphin, celle-ci ne peut avoir été réalisée à une date aussi reculée que celle retenue par Collingridge. Le dessin qu’elle montre du fleuve Saint-Laurent, jusqu’à Ochelaga, assorti de celui du tracé intérieur de la rivière Saguenay, établit qu’elle n’a pu être établie qu’après les deux premiers voyages de Jacques Cartier au Canada (1532, et 1534-1535) et compte tenu des compléments d’information issus des explorations de Roberval en 1542-1543.

Le Boke of Idrography de Jean Rotz, pour sa part, a été présenté au roi Henri VIII d’Angleterre en 1542, année au cours de laquelle Rotz a réalisé la carte du monde en deux hémisphères figurant en fin d’ouvrage. Les cartes particulières, issues d’une plus vaste mappemonde, ont été confectionnées au cours d’années antérieures[26]. Or, on y voit clairement, sur la carte consacrée aux Indes orientales, la représentation à l’est de Java, des deux îles d’Antane et Bacha, bien distinguées par des couleurs différentes, et qui ne sauraient dès lors se comprendre comme la corruption d’une légende en portugais censée figurer sur la carte Dauphin, mais plutôt comme l’emploi d’appellations locales de l’époque pour désigner les îles de Bali et Lombok, qui se trouvent à l’emplacement concerné[27].

Sur la carte du monde de Desliens datée de 1541 se voient également au même emplacement deux îles, dont une seule est désignée, du nom d’antane ou antame. Les mappemondes de Desceliers reprennent la même présentation des deux îles, alors dénommées Amtame et Bamcha. Elles deviennent à peu près Ensame et Veache chez Le Testu (folio XXXI).

 

En ce qui concerne l’origine linguistique des noms et désignations portés sur les cartes dieppoises, il faut en constater la diversité. Le recours à des dénominations en espagnol ou en portugais est fréquent, et généralement justifié par la circonstance que les côtes ou contrées décrites sont placées sous la juridiction de l’Espagne ou du Portugal, ou par celle que des Espagnols ou des Portugais en ont été les découvreurs, et les premiers cartographes. Ainsi de la nomenclature de la terre du Labrador, des côtes orientale et occidentale de l’Afrique, ou des Amériques centrale et du sud. L’emploi de dénominations en langues locales, le cas échéant déformées par une transposition initiale en espagnol ou en portugais, n’est pas moins courant, et se remarque par exemple pour la description des côtes de l’Amérique du sud ou des Indes orientales. Le français est employé pour la désignation de continents ou grandes régions (Guinée, Ethiopie, etc.), et pour la description de lieux découverts par des navigateurs français ou fréquentés par eux, tels que le Canada, la terre des Bretons, Terre Neuve, même si le recours à des dénominations étrangères révèle une succession de visiteurs successifs. Il arrive que, dans le cours de la présentation d’une région où les langues espagnole ou portugaise sont logiquement prédominantes, certaines appellations reçoivent leur équivalent en langue française.

S’agissant de la description, sur les cartes dieppoises, des îles de la Sonde, des Moluques ou de la partie des Philippines alors reconnue, elle n’est pas significative d’une quelconque « découverte » française dans ces espaces. Les sites sont tout naturellement identifiés par leur appellation locale telle qu’elle était connue des Portugais, présents depuis le début du XVI° siècle, ou des Espagnols pour les Philippines. Il en est ainsi de la nomenclature intéressant la côte nord de Java et se déployant jusqu’à Timor, mentionnant notamment les villes ou les îles de Guana, Bima, Aramaran, Simbava, Maio ou Medan.

On ne remarque pas une telle approche en ce qui concerne la présentation de la masse terrestre montrée au sud de Java, et se développant en direction de la terre australe inconnueÀ compter du 10° degré de latitude australe, la nomenclature employée, certes peu fournie, est à dominante française.

Le plus souvent, le commentaire des représentations de la Grande Jave sur les cartes dieppoises admet que les cartographes concernés se sont appliqués à la traduction systématique d'une toponymie originelle en portugais ou en malais, non exclusive de corruptions intervenues lors du passage d'une langue à l'autre, non plus que de la conservation de quelques appellations d'origine. La question des raisons d'un traitement différent pour la Grande Jave de celui appliqué, par exemple, à la côte nord de Java n'est pas posée. Le présupposé de découvertes faites par les Portugais fait obstacle à une analyse de la toponymie employée au regard de ce que l'on sait de la langue française de l'époque, des connaissances géographiques des navigateurs normands, du contexte de leurs ouvrages, et tenant compte de possibles corruptions intervenues, cette fois-ci, à la faveur de transpositions entre cartes françaises. 

Déjà, pourtant, l'examen du feuillet du Boke of Idrography de Rotz consacré au dessin des mers et contrées situées à l'est de la péninsule malaise appelle l'attention. Certains intitulés généraux y apparaissent en anglais (The Indis, lytle Java..), le reste de la nomenclature faisant appel aux dénominations locales, au portugais ou à l'espagnol. Une exception se remarque avec le signalement en français, sur la représentation de ce qui pourrait être la côte orientale de l'Australie, d'une coste dangereuse. Cette mention est d'ailleurs la seule à fournir le commentaire d'un dessin qui, entre croix et pointillés, ne fait pas mystère de l'abondance de récifs au long de la côte concernée. Repris sur les autres cartes dieppoises, ce dessin a été considéré par beaucoup comme une référence à la grande barrière de corail. 

 

CÔTE OCCIDENTALE

 

La description de ce qui pourrait être la côte occidentale de l'Australie est plus riche de dénominations, dont le commentaire peut être utilement fait en rapprochant les cartes où elles se voient, avec parfois quelques variantes.

La carte du monde de Desliens de 1541 est sans doute, en dépit d'interrogations touchant à sa date effective d'achèvement [28], sinon la première à représenter ce qui sera plus tard regardé comme l'Australie, du moins la plus proche d'une possible matrice originelle non identifiée. La nomenclature des lieux figurant sur les autres cartes dieppoises, notamment celles de Desceliers, semble dériver du portulan de Desliens, plutôt que l'inverse.

Sur le manuscrit de Desliens se voit, après la rivière Grande, qui sépare Java (ici désignée Java la Grande) du début des terres australes, à hauteur du 17° degré de latitude sud, la mention d'une terre aneguada, précédant le dessin d'un Gouffre, ce dernier terme devant s'entendre d'un golfe ou d'une baie profonde. L'emploi du mot aneguada, inconnu de la langue française, viendrait confirmer, pour certains, l'antériorité d'une reconnaissance portugaise. 

Encore ne peut-on oublier qu'à l'époque des voyages organisés par l'armateur dieppois Jean Ango, en particulier aux Indes orientales, la présence de pilotes portugais à bord de navires français n'avait rien d'exceptionnel. Et non plus que beaucoup de marins français étaient alors familiers du portugais. On sait par exemple que Jacques Cartier fut interprète portugais à Saint-Malo. Par ailleurs, l'adjectif aneguada est propre à la langue espagnole, plutôt que portugaise. C'est au regard de la première que l'expression de terre aneguada trouve un sens, celui de terre submergée. Or, l'évocation d'une terre aneguada, au lieu considéré, peut tout-à-fait s'entendre d'une référence à d'autres sites bien connus des marins dieppois, et présentant des caractéristiques comparables à celui rencontré au sud de Java. Et plus précisément à l’île d’Anegada, située en Amérique, à l’est de l’archipel des îles Vierges, et qui est représentée sur toutes les cartes dieppoises. Cette île, d’origine corallienne et dépourvue de relief, est prolongée au sud-ouest de longs récifs affleurants, et plus généralement exposée aux inondations lorsque le vent souffle en tempête. Son nom lui a été attribué par les navigateurs espagnols à raison de ces caractéristiques naturelles.

Le dessin du Gouffre représenté par Desliens à proximité de la terre aneguada y montre un semis de taches sombres et de petits points dont une explication apparaît plus clairement en se reportant à la mappemonde de Desceliers de 1550. La représentation du site, très proche de la précédente, est alors complétée par la mention, à la place du terme de Gouffre, d’une Baye bresille[29]. Certains ont vu dans cette référence la reprise des conceptions de cosmographes (cf. le globe de Schöner de 1515, la mappemonde cordiforme d’Oronce Fine de 1531), voulant voir une continuité entre le Brésil des Amériques et les terres australes se développant depuis celles-ci jusqu’au sud de l’Asie, en désignant au sein de ces dernières une Brasilia Regio. Mais le semis de points parsemant la Baye, qui se retrouve sur les cartes de Desliens et de Desceliers, correspond, sur la mappemonde de ce dernier, à une caractéristique particulièrement marquée de la côte du nord-est brésilien, laquelle était bien connue des marins de Dieppe[30]. Il y désigne à l’évidence la présence d’une bordure à peu près continue de mangroves. L’évocation d’une Baye bresille sur la côte de terres nouvelles approchées au sud de Java peut alors s’entendre, non pas nécessairement d’un emprunt au vocabulaire portugais, ou de la continuation mythique en Asie d’une partie du continent américain, mais de l’observation de bancs de végétation marine, associés à des terres submergées, tels que ceux observés sur les côtes du Brésil, comme d'ailleurs à Anegada, aux îles Vierges. 

Il peut être rappelé que le golfe de King sound, situé au nord de l’Australie occidentale, à 17° de latitude sud, connaît des marées qui sont parmi les plus élevées au monde, favorisant la submersion d’une partie des terres qui le bordent. Ce golfe est en outre une zone bien identifiée de prolifération de mangroves[31].

Un peu plus au sud, à la hauteur des 18° et 19° de latitude antarctique selon les mesures de Nicolas Desliens[32], sa mappemonde représente, non loin de l’emplacement de Barrow Island[33] sur la côte occidentale de l’Australie telle qu’on la connaît aujourd’hui, une île assortie de la mention v’ negre.

Cette mention devient Ille neige sur l’atlas de Rotz (folio 10), de neige sur la carte Dauphin et sur les mappemondes de Desceliers de 1546 et 1550.

L’appellation a fait l’objet d’interprétations fondées sur le préjugé de transposition d’un terme propre à une autre langue. Bill Richardson soutient[34] que le terme de negre ou neige concerne une île adjacente au dessin d’un gao, version phonétique, en portugais, de jau, autrement dit javanais. Le mot negri, en malais, désignant un village, l’inscription des cartes dieppoises ne serait autre, dès lors, que la corruption du portugais negri gao, signifiant village javanais.

Une interprétation plus simple consisterait à retenir le mot de langue française employé par Desliens pour ce qu’il est, et de rechercher si le même cartographe l’utilise en d’autres occurrences. Tel est bien le cas. Le terme negre est utilisé à plusieurs reprises, dans la description des côtes occidentales de l’Afrique. À hauteur du 17° degré de latitude sud, à l’ouest des Monts de la Lune, Desliens identifie un cap nègre et, un peu plus haut, une pointe ou un mont nègre.

Dans la langue française du début du XVI° siècle, le mot nègre désigne une personne de couleur noire. Il est significatif d’en remarquer l’emploi dans la relation du voyage à Sumatra[35] effectué en 1529 par les frères Parmentier.

De même qu’il n’y a rien d’inattendu à établir un rapprochement entre un cap situé au sud-ouest de l’Afrique et des personnes de couleur noire, de même n’y aurait-il rien de surprenant à relever la présence, sur une île proche de la côte occidentale de l’Australie, de personnes de même couleur.

Passé le 20° de latitude sud, la côte décrite par Desliens, qui se développait jusque-là sur un axe nord-est/sud-ouest, marque un net infléchissement en direction du sud. Le point où s’atteint la bordure occidentale de la nouvelle terre cartographiée y est appelé Cap de Grace, d’une manière qui ne devrait pas étonner. Un navigateur normand n’aurait pu oublier que la côte cauchoise interrompt de même sa marche vers le sud-ouest au havre de Grace, site méritant d’être honoré depuis qu’en 1517, le roi François 1er y avait fondé un nouveau port, appelé à l’avenir que l’on sait.

Le dessin de Desliens fait apparaître, au plus près du Cap de Grace, les hachures révélant la présence de récifs. Faut-il rappeler que la péninsule de North West Cape, située à 22° de latitude sud, marque le point à partir duquel la côte nord-ouest de l’Australie se tourne vers le sud, et qu’elle est bordée par le récif de Ningaloo, qui est le plus grand récif corallien de l’Australie, et le seul situé à proximité immédiate des terres ?  

Relevant, sur la carte dite Dauphin, pour l’apparente désignation d’un autre cap, le curieux nom de Quabese quiesce[36], Bill Richardson admet que le terme ne signifie rien en portugais comme en français, et suggère qu’il révèle un assemblage de noms mal recopiés, pouvant signifier que certaines épices (quabes) se trouvaient là (aqui esta)[37]. L’examen de l’inscription portée par Desliens, autorise une interprétation différente, trouvant explication dans la langue française. La mappemonde du cartographe dieppois porte en fait la mention pa. surplombant celle de exquieSer ou exguieSer, et pourrait tout simplement s’entendre de la référence aux pierres à aiguiser, naturellement produites par les assauts répétés de la mer sur certaines côtes rocheuses. Le Cap de Bonne Espérance, sur la route empruntée par tout navigateur se rendant en mer des Indes, offre par endroits une telle ressource en morceaux de rochers longs et minces, ayant l’usage évoqué[38]. Certaines portions de la côte occidentale de l’Australie, en particulier aux environs de Kalbarri, présentent une consistance comparable. Le caractère énigmatique de l’appellation proviendrait alors de la corruption des écrits de Desliens sur les autres cartes dieppoises[39]. Lorsque Desceliers la transforme en cap Quiela sur sa mappemonde de 1550, on remarque cependant qu’elle prend place après l’indication de la présence de Roches, au-dessus du « cap » ainsi identifié.  

Le même Richardson attribue à l’inscription haure de Sylla relevée sur la carte Dauphin[40] à une reproduction maladroite, en français, du nom de Cilacap, l’unique port de la côte sud de Java. On ne peut absolument exclure l’hypothèse, étant toutefois observé d’une part que la cartographie de l’époque ne comporte aucune description de la côte concernée ou d’allusion à Cilacap, d’autre part qu’est peu vraisemblable la commission supposée d’une erreur de latitude excédant 20° (Cilacap est à 8° S, Desliens positionne le hame ou havre de Sylla à 29°). George Collingridge, pour sa part, (op. cit, chap. 16), voit l’origine du Hame de Sylla de la carte Dauphin dans la mention egtisilla figurant sur le globe de Behaim (1492), sur le dessin d’une excroissance au sud du sous-continent indien, censée représenter, selon cet auteur australien, une première approximation des côtes occidentales de l’Australie[41], là où il faut sans doute voir l’extrémité méridionale de la côte de Malabar, qui s’achève avec le cap Comorin.

On ne peut écarter d’autres interprétations, notamment celle d’un navigateur dieppois souhaitant rendre hommage, à travers la désignation d’un abri naturel (havre) opportunément atteint, à un célèbre général romain qui, au cours de sa carrière, s’était, lui aussi, embarqué pour l’orient. À première vue, l’intérêt d’un cartographe dieppois pour une personnalité de la Rome antique peut surprendre. Au cas particulier, une relation peut être mise à jour. Comme précédemment évoqué, en 1529, Jean et Raoul Parmentier ont effectué un voyage aux Indes orientales sur deux navires, le Sacre et la Pensée, armés par Jean Ango. Les deux navigateurs ont perdu la vie après avoir visité Sumatra. Jean Parmentier, cependant, n’était pas seulement un marin expérimenté. Il était aussi un homme de lettres, poète régulièrement couronné, et latiniste averti. Il avait publié en 1528, et dédié à l’armateur Jean Ango, la traduction en français de l’histoire Catilinaire de Salluste. On sait en outre qu’au cours de son voyage aux Indes orientales, il avait entrepris la traduction d’un autre ouvrage de Salluste, consacré à La guerre de Jugurtha[42]. Un épisode de l’histoire romaine où Sylla occupe une place déterminante, puisque c’est ce général qui, en 105 avant Jésus-Christ, avait convaincu Bocchus, le beau-père de Jugurtha, de livrer celui-ci aux Romains, auxquels il s’opposait par les armes pour empêcher la division du royaume de Numidie.

De la part d’un marin ou d’un cartographe dieppois, quelques années après 1529, rendre hommage à Sylla quelque part aux Indes orientales, pouvait être, de la sorte, une façon d’honorer la mémoire de Jean Parmentier.

Le havre de Sylla des cartes dieppoises pourrait correspondre à l’étendue d’eau dite Melville Water, sur la rivière Swann, en aval de Perth, capitale de l’Australie-Occidentale, située à 31° 57’ de latitude sud. Un élément de confirmation peut être relevé sur la carte de Desliens, faisant état, au sud du havre de Sylla, entre les 31 et 33° de latitude sud, d’une grande coste blanche. Il se trouve qu’un peu après le 34° degré, sur la côte sud-ouest de l’Australie, au sud de Perth, le site de Yeagarup offre le plus grand ensemble de dunes intérieures de l’hémisphère sud, couronnant une très longue plage de sable blanc.

 

L’examen de la nomenclature des cartes dieppoises, notamment de celle de Desliens de 1541, conduit ainsi à la fois à renforcer l’idée d’une reconnaissance, dès la première moitié du XVI° siècle, d’une partie des côtes de l’Australie par des navigateurs européens, et, sinon à démontrer du moins à regarder comme plausible, l’hypothèse que, pour partie du moins, il se soit agi de Français.

Il n’existe pas de documents attestant, pour la période concernée, de navigations françaises au sud de Sumatra, pas plus qu’on ne trouve de témoignages de voyages officiels de découverte portugais en Australie. Les conditions de la présence portugaise en Asie du sud-est au XVI° siècle, faisant une large place aux navigations de commerce privées, ne permettent pas, toutefois, d’écarter la possibilité de navigations, délibérées ou accidentelles, de part et d’autre du golfe de Carpentarie.

Reste la représentation par la seule cartographie dieppoise, assurément la plus avancée de son temps, y compris pour ce qui concerne les contours et la nomenclature de l’archipel asiatique[43], de côtes volontiers regardées, aujourd’hui, comme appartenant à l’Australie.

Anthiaume, admettant que les Portugais ont pu, les premiers, apercevoir la terre d’Australie[44], exprime également l’avis que les cartes normandes ont reproduit un prototype qui, avoue-t-il, pourrait être lui-même normand. Il évoque à cet égard les noms de Jean de Clamorgan, navigateur et cartographe à l’époque de François 1er, et de Desliens, « qui semble posséder plus de science géographique que les cartographes de son temps », et auquel « les Normands, ses compatriotes » ont « dans la suite beaucoup emprunté »[45]. L’expert de la cartographique normande ajoute néanmoins qu’il est certain que Desliens s’est inspiré des Portugais. L’observation est indiscutable pour la représentation de l’essentiel de l’archipel asiatique, mais n’explique pas pourquoi, sur son premier portulan, ne prédominent pas des appellations ibériques ou malaises dans la description de la côte occidentale qui est au sud de Java, à la différence du traitement appliqué aux autres espaces de la même grande région.

 

CÔTE ORIENTALE

 

La représentation sur les cartes dieppoises de ce qui pourrait être regardé comme la côte orientale de l’Australie montre moins d’homogénéité.

L’orientation générale nord/sud-est de la partie septentrionale de cette côte reste identique et le dessin atteste communément de la présence de récifs la rendant « dangereuse » (carte de Rotz, carte Dauphin, atlas Vallard) ou « périlleuse » (Desceliers, 1546).

La description varie sensiblement, cependant, dans son extension : elle s’interrompt avant le tropique du capricorne (23° 26) sur la carte du monde de Desliens de 1541, au 31° degré sur la mappemonde de Desceliers de 1550, là où elle se prolonge bien au-delà sur d’autres cartes (jusqu’au 60° degré de latitude sud sur la mappemonde de Rotz, à une hauteur comparable sur la carte Dauphin et dans la Cosmographie universelle de Le Testu). Elle rejoint les terres australes inconnues sur la mappemonde de Desceliers de 1546.

La nomenclature, rudimentaire sur la carte de Desliens de 1541 et la carte particulière de Rotz, est plus étoffée tout en restant sommaire sur les mappemondes de Desceliers, ou la carte Dauphin. Elle est beaucoup plus riche sur l’atlas Vallard :

À l’exception de quelques noms empruntés aux cartes normandes antérieures, retenus avec une tournure ibérique (costa dangeroza), elle y offre la particularité d’être à la fois originale et formulée en langue portugaise, à l’égal d’une grande partie de la nomenclature de cet atlas, dont les dessins empruntent clairement à l'École de Dieppe. S’agissant toutefois des noms portés sur la côte est de la terra java, Anthiaume observe[46] que beaucoup (Rio S. Jacque, Santiago, Rio S. augno, S. Nicollas, terra alta, etc.) se rapportent en fait aux rivages septentrionaux de la Nouvelle Guinée, tels que décrits par les premières cartes espagnoles de cette île. La nomenclature de cette côte, dès lors, ne serait guère significative. 

On y voit cependant un cap Frimoza, mentionné également sur la carte Dauphin et sur l’atlas de Le Testu (cap de Fremose), dont la dénomination est sans doute dérivée du portugais formoso, qui signifie beau. Certains y voient, dans une interprétation osée, la représentation du Wilson promontory, péninsule proche de Melbourne et qui marque l’extrémité sud du continent australien.

Le dessin en triangle du cap Frimoza ne se voit ni sur la mappemonde de Desliens de 1541, ni sur la carte particulière des Indes orientales de Rotz. Sa représentation sur la carte du monde en double hémisphère faite par celui-ci en 1542, puis sur la plupart des autres cartes dieppoises, suggère qu’à une première approche de la côte bordée de récifs d’orientation nord/sud-est montrée par les deux premiers documents ont pu succéder une ou plusieurs autres reconnaissances maritimes plus avancées vers le sud, intéressant l’actuelle Australie ou, peut-être, la Nouvelle-Zélande. On en ignore les éventuels auteurs, rien n’indiquant, ici, qu’il ait pu s’agir de Français.

 

On peut ajouter qu’alors même qu’ils auraient été les premiers à reconnaître et à cartographier certaines des côtes de l’Australie, les Français n’ont à aucun moment affirmé de prétentions territoriales dans cette région. La figuration par Desliens, sur sa carte du monde de 1541, du pavillon du Portugal sur les terres représentées au sud de Java peut signifier qu’elles avaient été approchées, sinon cartographiées, en premier lieu, par des Portugais, ou qu’elles se situaient dans les espaces placés sous la juridiction portugaise par le traité de Saragosse[47].

À propos d’une autre interrogation suscitée par le dessin, dans les cartes dieppoises, de ce qui serait l’Australie, à savoir le décalage vers l’ouest de ce petit continent, logé au sud de Java là où il s’établit, en réalité, au sud de Timor et de la Papouasie Nouvelle Guinée, Anthiaume fournit précisément une explication de nature politique : les Portugais auraient eu avantage à situer les nouvelles terres reconnues de telle façon qu’elles entrent dans le domaine attribué par les arbitrages pontificaux à leur juridiction, plutôt qu’à celle des Espagnols.

Le point de vue n’est pas incompatible avec l’observation qu’à l’époque de la confection des cartes dieppoises, l’établissement des longitudes restait un exercice incertain, laissant place à des erreurs significatives. Les approximations normandes pouvaient de ce fait rejoindre les intérêts portugais.

 

De façon générale, Français et Portugais ont entretenu dans le courant du XVI° siècle des relations étroites, qui n’étaient pas toutes conflictuelles, en particulier dans le domaine maritime, qu’il s’agisse de navigations proprement dites, ou de cartographie marine. Les cartes dieppoises portent le témoignage de cette proximité, en prenant à l’évidence en compte les apports des découvertes et des travaux portugais dans la représentation du Labrador, du Brésil, de l’Afrique et de Madagascar, et bien sûr des Indes orientales.

Cependant, si les cartes dieppoises exposent, comme on peut le penser, une première cartographie d’une partie des côtes australiennes, il n’apparaît pas établi qu’elle soit seulement la reproduction de tracés préalablement confectionnés par des marins ou cosmographes portugais, et dont toute trace aurait été perdue, y compris dans la cartographie portugaise ultérieure[48].

Le dessin de la bordure occidentale des terres représentées au sud de Java, tel qu’il se voit en particulier, assorti d’une nomenclature principalement française, sur la carte du monde de Desliens de 1541, autorise une approche de son interprétation qui n’emprunte pas au seul présupposé de la transposition. Reste qu’il est peu probable que se retrouve le témoignage de la navigation qui aurait été à l’origine d’un tel dessin, même s’il est établi que des marins de Normandie ont voyagé aux Indes orientales avant que les frères Parmentier ne disparaissent à Sumatra, et qu’il n’est rien d’impossible à ce que d’autres aient emprunté la même route au cours des années suivantes.

  

  

 



[1] Pour un recensement complet des cartes normandes, v. Cartes marines, constructions navales, voyages de découverte chez les Normands, 1500-1650, par L’abbé A. Anthiaume, Paris, E. Dumont éd. 1916, et Sarah Toulouse, Marine Cartography and Navigation in Renaissance Francedans David Woodward (éd.), The History of Cartography, vol. III, Cartography in the European Renaissance, Chicago, University of Chicago Press, 2007, partie II, pp. 1563-1568

[2] British Library, Royal MS 20 E IX

[3] Bibliothèque d’Etat et universitaire de Dresde (SLUB), deutschefotothek 70401907 et fac-similé photographique précoce (c. 1900), aux dimensions réduites d'un tiers, dont des extraits sont reproduits en illustration de la présente étude (https://www.raremaps.com/site de Barry Lawrence Ruderman, item 66528)

[4] V. BNF, http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40767000m. Des cartes comparables se trouvent au musée maritime de Greenwich

[5] John Rylands Library, Manchester (French MS 1). Digitalisée par l’Université de Manchester : https://luna.manchester.ac.uk/luna/servlet/ , maps and manuscrits, French MS1*

[6] British Library, Add. MS 24065

[8] Pour avoir figuré au début du XVIII° siècle dans la bibliothèque de Robert et Edward Harley, avant d’être retrouvée dans les années 1780 par sir Joseph Banks et remise au British Museum (British Library ADD.MS.5413)

[9] Car on y voit, à côté des armoiries du roi de France, celles du Dauphin dit de Viennois, François de France, décédé le 10 août 1536, selon certains, mais plus probablement Henri, deuxième fils de François 1er, et qui lui succèdera en 1547 sous le nom d’Henri II

[10] La bibliothèque nationale d’Australie possède un fac-simile établi en 1877 de la « Dauphin map », ou de sa représentation schématique, se référant, de manière peu vraisemblable, à une réalisation en 1530. La carte représente en effet le Canada de façon comparable à celle qui se voit sur les mappemondes de Desceliers de 1546 et 1550, prenant en compte les découvertes effectuées par Jacques Cartier lors de ses voyages de 1534, 1535-1536 et 1541-1542, et par Roberval en 1542-1543.

[11] Huntington Library, San Marino, Californie

[13] Il pourrait s’agir du Cambodge, certains cosmographes ayant choisi d’y voir des régions, le cas échéant insulaires, situées plus au sud

[14] Folio XXXIIII

[15] Folio XXXV

[16] Folio XXXIIII préc.

[17] Folio XXXII

[18] Folio XXXIIII, à rapprocher de folio XXXIII

[19] Memoir Concerning the Chagos and Adjacent Islands, Londres, 1786, note page 4

[20] R.H. Major, Early voyages to Terra Australis now called Australia, Londres, 1859

[22] V. notamment, La Découverte secrète de l'Australie ; l'aventure portugaise 200 ans avant Cook, Souvenir Press, Menindie, 1977. Mc Intyre avance que Cristóvão de Mendonça aurait dirigé une expédition en Australie entre 1521 et 1524

[23] V. notamment, W.A.R. (Bill) Richardson, Was Australia charted before 1606 ? The Jave La Grande inscriptions, National Library of Australia, Canberra, 2008. Terra Australis, Jave la Grande and Australia : Identity Problems and Fiction, in Alfred Hiatt, Christopher Wortham, European, Perceptions of Terra Australis, Londres, 2011, chap. 8.

[24] Lees, BrianLaffan, Shawn, The lande of Java on the Jean Rotz mappa mundi, The Globe, Melbourne N° 85,  (2019): 1-12

[25] Cf. Collingridge, op. cit., chap. 30

[26] Cf. Helen Wallis, New light on the Dieppe maps, Five hundred years of nautical science, 1400-1900, National Maritime Museum Greenwich 1981, pp. 76-77

[27] Dans sa relation des Découvertes du monde, achevée vers 1553, le portugais António Galvão, qui fut capitaine des Moluques de 1536 à 1540, désigne Lombok du nom de Anjano, proche de l’Antane de Rotz ou Desliens.

[28] La date de 1541 portée sur la carte devrait, pour certains, se lire 1561 (cf. Sarah Toulouse, op. cit. note 1, p. 1564). Le dessin de la carte concernant le Canada (limites du dessin du Saint-Laurent, absence de tracé intérieur de la rivière Saguenay) suggère pourtant une réalisation prenant en compte les découvertes des deux premiers voyages de Jacques Cartier (1534 et 1535-1536), mais non les enseignements tirés du troisième voyage (1541-1542) et de celui de Roberval, revenu en France en 1543. L’antériorité par rapport, notamment, aux mappemondes de Desceliers trouve confirmation dans le caractère très morcelé de Terre Neuve chez Desliens. La date de 1541 a été confirmée par le conservateur de la division des cartes de Dresde suite à l’enquête menée par Derek Hayes (cf. https://portolanero.neocities.org/oostlant.htmlCaerte van Oostlant, note 39), mais rencontre l’objection de la figuration, en Amérique du sud, du fleuve Amazone, qui n'a été ainsi dénommé par Francisco de Orellana qu'en 1542. Sans doute faut-il envisager une réalisation développée sur plusieurs années, à partir d’un dessin entrepris en 1541

[29] Terra ennegade et abaie bressille chez Rotz

[30] On sait qu’après les frères Parmentier et bien d’autres marins normands, Jean Rotz a fait le voyage du Brésil en 1539  

[31] Cf. V. Semeniuk, Mangrove zonation along an eroding coast-line in King sound, north-western Australia, Journal of Ecology, 1980, 68, p. 789-812.

[32] Il est rappelé que, si les marins et cosmographes de la première moitié du XVI° siècle n’avaient pas encore une bonne maîtrise des longitudes, les cartes dieppoises telles que les mappemondes de Desliens et Desceliers comportent des échelles de latitude qui, sans exclure une certaine marge d’erreur liée aux conditions de mesure de la hauteur méridienne du soleil à bord d’un navire à l’époque concernée, permettent une localisation des sites mentionnés, de part et d’autre de la ligne équatoriale, approchant sans écarts majeurs celle ressortant des coordonnées géographiques modernes.

[33] Officiellement localisée à 20° 798 sud

[34] Terra Australis.., op. cit. note 20, page 87

[35] Jean et Raoul Parmentier, Le discours de la navigation de Jean et Raoul Parmentier, de Dieppe ; Voyage à Sumatra en 1529 ; Description de l'isle de Sainct-Dominigo, Paris, E. Leroux, 1883. Pierre Crignon, l’auteur de la relation, emploie le terme negres pour désigner des habitants du pays à Madagascar (page 38). Le même terme est abondamment utilisé dans le Mémoire de ce qui est contenu en l’île de Santo Dominico, second volume de la Navigation de Jean Parmentier.

[36] La mention se retrouve sur les mappemondes de Desceliers de 1546 et 1550

[37] Op cit., page 87

[38] Voir la description de telles pierres à éguiSer dans la Description du cap de Bonne Espérance, de Pierre Kolbe, Jean Catuffe éd., Amsterdam, tome 2, 1742, pages 180 et 186.

[39] La mappemonde de Desceliers de 1550 vise un cap Quiela,

[40] Le hame de Sylla figure également sur la carte de Desliens de 1541. Dans l’un et l’autre cas, il faut certainement lire havre de Sylla

[41] Op. précit. note 18, chap. 16 in fine. En fait, la mention, sur le globe de Behaim, de la terre appelée Egrisilla  (das wird lant genant egtisilla), est une référence au royaume indien où, selon la légende, l’apôtre Saint-Thomas aurait été enterré. Cf. Ernst Georg Ravenstein, Martin Behaim his life and his globe, George Philip & Son, Limited, 32, Fleet Street, London, h1908

[42] V. l’introduction au Discours de la Navigation de Jean et Raoul Parmentier publié par Ch. Schefer, E. Leroux éd., Paris 1883, pages IV et VI, et Anthiaume, op. cit., p. 162

[43] Cf. l’appréciation d’Anthiaume, op. cit., p. 454

[44] Op. cit., page 523

[45] Op.cit., page 454

[46] Op. cit., pages 534-535

[47] Venant compléter le partage des nouveaux mondes entre Espagne et Portugal opéré par la bulle Inter Cætera de 1493 suite aux découvertes de Christophe Colomb, afin de tenir compte de la possibilité démontrée par Magellan d’accéder aux mers d’Orient en contournant l’Amérique par le sud, le traité de Saragosse de 1529 conclu entre Jean III de Portugal et Charles-Quint sous l’autorité du pape Clément VII fixait la ligne de partage dans l’océan Pacifique à 19° un quart au nord-est des Moluques, soit, suivant l’estimation retenue, à 297 lieues et demie à l’orient de ces îles. Une localisation trop orientale de nouvelles terres australes pouvait avoir l’effet de les faire entrer dans l’espace relevant de l’Espagne

[48] La carte du monde de Domingos Teixeira, ainsi, réalisée en 1573, décrit la côte nord de Java, mais rien de ce qui pourrait se trouver au-delà, en direction du sud. Le planisphère anonyme de l’Atlas de Turin, plus tardif (1597-1612), attribué à Joao Baptista Lavana et Luis Teixeira, montre le Japon et la Nouvelle Guinée, mais seulement, au sud des îles de la Sonde, une vague excroissance terrestre rejoignant les terres australes du cercle antarctique. Le dessin est proche de celui que montre la carte du monde d'Abraham Ortelius, Typus Orbis Terrarum (c. 1572)

Fac similé photographique précoce (c. 1900) du planisphère de Nicolas Desliens de 1641, raremaps.com (Barry Lawrence Ruderman) extrait large
Fac similé photographique précoce (c. 1900) du planisphère de Nicolas Desliens de 1641, raremaps.com (Barry Lawrence Ruderman) extrait large